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Au-dessus de Lantau : Deux décennies de Ngong Ping 360

L’île de Lantau a toujours occupé une place à part dans l’identité de Hong Kong. Bien loin des canyons de gratte-ciel à forte densité de l’île de Hong Kong et de Kowloon, Lantau offre de vastes étendues de parcs naturels, des littoraux paisibles et un relief montagneux escarpé. Niché sur le plateau brumeux de Ngong Ping se dresse le monastère de Po Lin, un sanctuaire spirituel fondé au début du XXe siècle, aux côtés du majestueux Grand Bouddha de Tian Tan — cette statue en bronze de renommée mondiale assise sur son trône de lotus depuis 1993.

Pendant des décennies, faire le pèlerinage jusqu’à ce sanctuaire d’altitude relevait de l’aventure. Les visiteurs devaient emprunter de longues lignes d’autobus serpentant sur d’étroites routes de montagne, ou s’attaquer à des sentiers de randonnée abrupts exigeant des heures de marche. Bien que ces trajets possèdent un charme pittoresque, ils limitaient considérablement l’accessibilité pour les familles, les personnes âgées et les voyageurs internationaux pressés par le temps.

Genèse : Relier Hong Kong à son cœur spirituel

Dès 1998, avec l’ouverture de l’aéroport international de Hong Kong sur l’île voisine de Chek Lap Kok et le développement rapide de la ville nouvelle de Tung Chung, le potentiel de Lantau comme destination touristique majeure s’est imposé comme une évidence. Le gouvernement de Hong Kong a alors chargé la MTR Corporation d’étudier la création d’une liaison aérienne continue reliant directement le pôle urbain de Tung Chung au plateau de Ngong Ping.

 

Le concept était ambitieux : concevoir un téléphérique s’étendant sur près de six kilomètres au-dessus des eaux de la baie, des forêts du parc naturel et des sommets escarpés. Il ne s’agissait pas simplement de construire un moyen de transport, mais d’offrir une expérience inoubliable — un survol panoramique mettant en valeur la beauté naturelle spectaculaire du parc naturel du Nord-Lantau, tout en illustrant le savoir-faire de l’ingénierie moderne hongkongaise.

Construction : Relief, météo et mules canadiennes

Les travaux ont officiellement débuté en octobre 2002. Mener à bien un tel chantier à travers des parcs naturels protégés représentait un défi complexe sur les plans de l’ingénierie, de l’environnement et de la géologie. Pour concevoir et construire le système de téléphérique débrayable à deux câbles (bicâble), la MTR Corporation s’est associée au spécialiste italien des transports par câble Leitner, tandis que les travaux de génie civil ont été confiés à l’entreprise japonaise Maeda Corporation, aux côtés des cabinets d’études référents ARUP et Aedas.

Avant même d’ériger le moindre pylône, les ingénieurs ont dû faire face à des conditions de terrain particulièrement périlleuses. Le relief montagneux se composait de granit altéré, de sols meubles et de parois rocheuses escarpées et instables. Les engins lourds traditionnels ne pouvant circuler sur ces pentes abruptes sans détruire les habitats protégés, les ingénieurs ont eu recours à des techniques de fondation par micropieux. Le matériel a été démonté, héliporté pièce par pièce sur la montagne, puis remonté sur place afin d’ancrer les pylônes profondément dans la roche mère sous-jacente.

Les téléphériques fonctionnant habituellement en ligne droite, les ingénieurs ont également dû surmonter un obstacle spatial inédit à proximité de l’aéroport. Afin d’éviter les couloirs aériens réglementés, ils ont conçu la station d’angle de l’île de l’aéroport (Airport Island Angle Station) — une imposante station intermédiaire où le téléphérique effectue un virage inattendu de 60 degrés au-dessus de l’eau avant de commencer son ascension sur le flanc de la montagne.

La réglementation environnementale stricte interdisait la création de routes d’accès à travers le parc naturel, contraignant l’équipe à innover pour acheminer 12 000 tonnes de matériaux sur les hauteurs du parc du Nord-Lantau :

  • Des hélicoptères gros porteurs — dotés d’une capacité de levage de 4,5 tonnes — ont été acheminés d’Europe pour transporter les structures en acier des imposants pylônes. Ils ont permis d’acheminer 10 000 tonnes de matériaux, bien que leur utilisation fût tributaire des conditions météorologiques.
  • Six mules ont été importées d’Alberta, au Canada, devenant l’une des anecdotes les plus célèbres du projet. Ces animaux au pied sûr ont transporté 2 000 tonnes de matériaux de construction sur des sentiers étroits et escarpés, garantissant l’absence totale de dommages sur la flore environnante et fonctionnant pratiquement sans contrainte météorologique.

Taillé pour affronter les éléments : Une ingénierie face aux extrêmes

Au-delà de la difficulté du terrain, le climat tropical extrême de Lantau a constitué un défi permanent, tant pendant la phase de construction que lors de la conception. La région est en effet sujette aux pluies de mousson torrentielles, aux éclairs d’altitude, à des brouillards soudains et à de violents typhons saisonniers.

Afin de garantir la sécurité de la structure face aux embruns marins et aux vents d’altitude, les ingénieurs ont dimensionné les pylônes et le système de câbles bien au-delà des normes de génie civil habituelles. L’ensemble de l’installation a été conçu pour résister à des vents de typhon dépassant largement les 200 km/h en période d’arrêt. Le choix d’un système bicâble — où les cabines roulent sur un câble porteur fixe de forte section tout en étant tractées par un câble tracteur séparé — s’est imposé car il offre une stabilité bien supérieure face aux rafales de vent latéral par rapport aux systèmes monocâbles traditionnels.

Pendant le chantier, les ouvriers ont fréquemment dû interrompre les travaux en raison d’impacts de foudre soudains ou d’alertes de pluie de niveau Noir (Black Rainstorm), faisant de la sécurité du site et de la stabilisation des sols contre les glissements de terrain une priorité de chaque instant. Aujourd’hui, le système s’appuie sur des stations météorologiques en temps réel réparties le long de la crête montagneuse, capables d’ajuster automatiquement la vitesse ou de garer les cabines en toute sécurité si les vents dépassent les seuils d’exploitation.

Deux décennies d’innovation et de succès

Le 18 septembre 2006, Ngong Ping 360 accueillait ses premiers passagers, transformant instantanément l’accès à Lantau. Ce qui était autrefois un long périple s’est métamorphosé en un survol fluide de 25 minutes au-dessus de la canopée et des eaux marines.

Au cours des 20 dernières années, l’attraction n’a cessé d’évoluer pour renouveler l’expérience :

2009 – Cabines Cristal : La flotte s’est enrichie de cabines au plancher en verre transparent, offrant aux passagers une vue plongeante et spectaculaire sur les sentiers de randonnée et la mer de Chine méridionale.

2022 – Cabines Cristal+ : Poussant la transparence encore plus loin, des cabines intégralement vitrées ont été introduites, offrant des panoramas à 360 degrés sans obstruction sur le pont Hong Kong-Zhuhai-Macao et les pistes de l’aéroport.

Alors que Ngong Ping 360 célèbre son 20e anniversaire en 2026, l’installation s’impose comme l’une des attractions les plus prisées de Hong Kong — le témoignage remarquable d’une ingénierie audacieuse sachant marier harmonieusement patrimoine culturel et préservation de la nature.

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